janvier 23

​​Que peut-on attendre du Lightning Network en 2021​​

Imaginé en 2015, rendu possible par l’activation de SegWit en 2017 et entré en bêta en mars 2018, le Lightning Network de Bitcoin a depuis parcouru un petit bonhomme de chemin, tant au niveau du nombre total de noeuds sur le réseau que du nombre de bitcoins présents dans les canaux de paiements qui le composent. Longtemps regardé comme une expérimentation, le réseau Lightning a gagné en reconnaissance et en popularité durant les deux dernières années, jusqu’à être considéré comme viable et fonctionnel par un nombre important d’acteurs de l’écosystème — malgré quelques défauts qu’il faut encore résoudre, bien entendu !​​

​​Le Lightning Network

Lightning Network

​​


​​Avant d’aller plus loin, il est sans doute utile de faire quelques rappels sur ce qu’est le Lightning Network et comment il fonctionne dans les grandes lignes, ne serait-ce que pour mieux apprécier l’étendue et la portée des évolutions qu’il a connu en 2020, et celles qu’il pourrait être amené à connaître en 2021.​​


​​Le Lightning Network est un réseau construit en surcouche au-dessus de Bitcoin. L’idée est de soulager le réseau principal Bitcoin en déportant certaines transactions sur la surcouche Lightning. Ainsi, plutôt que de faire 10 transactions directement sur Bitcoin, on réalise ces 10 transactions sur Lightning et on n’enregistre sur Bitcoin qu’une seule grosse transaction finale, qui est une sorte de résumé des 10 transactions.​​


​​Pour faire ceci, le Lightning Network fonctionne comme un réseau de canaux de paiements. Quand deux personnes veulent échanger des bitcoins sur Lightning, elles doivent commencer par ouvrir un canal et y dédier un certain nombre de bitcoins (ou de fractions de bitcoins, bien sûr). Cette ouverture de canal est matérialisée par une transaction, dite de dépôt ou d’ouverture, sur la blockchain Bitcoin. Puis, une fois le canal ouvert, les deux protagonistes peuvent déplacer les fonds d’un côté à l’autre du canal, autant de fois qu’ils le souhaitent. Enfin, ils peuvent éventuellement décider de fermer le canal, ce qui se traduit par une deuxième transaction sur Bitcoin, dite de fermeture, et qui envoie à chacun d’eux les bitcoins présents de son côté du canal lors de la fermeture.​​


​​De plus, Lightning est un réseau de canaux de paiements, ce qui signifie que vous n’avez pas besoin d’être directement connecté à quelqu’un d’autre par un canal pour pouvoir lui envoyer ou recevoir des fonds. Vos paiements emprunteront alors une route, parfois complexe, passant par les canaux d’autres membres du réseau, jusqu’à arriver à destination.​​
​​Ce mode de fonctionnement, que nous avons ici tenté de résumer, permet de réaliser sur le Lightning Network des transactions instantanées et quasiment sans frais.​​

​​L’expansion du réseau en 2020

​​
​​Prenons le temps de résumer en quelques chiffres l’état du réseau Lightning en ce début d’année. Le réseau compte  aujourd’hui 50% de noeuds en plus qu’il n’en comptait en janvier 2020. Le nombre de canaux est lui resté sensiblement identique, mais le nombre de bitcoins moyens par canal a augmenté d’environ une vingtaine de pour-cents. En cause, la capacité totale du réseau, c’est à dire le nombre total de bitcoins disponibles au sein de canaux de paiements, qui a  dépassé le seuil symbolique du millier de bitcoins (il est d’environ 1054 BTC à l’heure où j’écris ces lignes).

Ce nombre peut paraître faible, par exemple quand on le compare avec le nombre de wBTC (wrapped-btc) est circulation sur Ethereum, cent fois supérieur. Cependant, il est complexe de comparer les deux systèmes, très différents notamment en ce qui concerne la custody des fonds, puisque Lightning permet de rester 100% propriétaire de ses bitcoins, ou encore dans leurs usages : là où Lightning vise à permettre le transfert de bitcoins quasiment sans frais, l’un des usages principaux des wBTC est l’utilisation de jetons adossés à la valeur de Bitcoin dans les smart-contacts de la DeFi.​​
​​Enfin, il ne sert à rien de mesurer la capacité totale du réseau, ou le nombre de canaux, sans le mettre en regard de l’usage réel du Lightning Network.

En effet, en pratique, il ne sert à rien que 1000 bitcoins soient disponibles dans des canaux si le volume de transaction sur le réseau n’en nécessite que 100. Cela ressemble même, au contraire, à une mauvaise allocation de capital, dans la mesure où il y a “trop” de bitcoins présents dans les canaux par rapport aux besoins réels du réseau. Ou du moins, temporairement trop. Car il y a fort à parier que l’usage du réseau de surcouche ira grandissant, à mesure que les frais de transactions augmenteront sur la blockchain Bitcoin. Et lorsque ce sera le cas, il sera préférable d’avoir déjà des canaux ouverts, pour ne pas devoir payer des frais d’ouverture exhorbitants. D’où la nécessité de se positionner en avance. C’est sans doute ce que nous avons observé au cours de l’année 2020, et que nous continuerons d’observer en 2021.

​​Des usages variés et toujours plus nombreux

​​L’usage principal du Lightning Network, on l’a vu, est de permettre des transactions en Bitcoin instantanées et sans frais (ou presque). Entre 2018 et mi-2019, le réseau était toujours considéré comme en phase de test, avec notamment une limite maximale de 0.1667 BTC de capacité par canal, pour éviter que des enthousiastes trop téméraires ne perdent beaucoup de fond en cas de problème. Or, en août 2019, le réseau ayant démontré sa robustesse, cette limite arbitraire a été levée.​​


​​Il est impossible de connaître le volume total de transactions réalisées au sein du réseau Lightning, en raison du caractère secret des transactions ayant lieu au sein des canaux. Tout ce qu’on peut faire, c’est tenter d’inférer une borne inférieure de ce volume en se basant sur les communications de divers acteurs du secteur. Il apparaît en tout cas assez certain que le volume de transactions a continuellement augmenté au cours de l’année 2020, et notamment en raison de l’activité de diverses entreprises exploitant le potentiel de ce réseau.​​


​​Du point de vue de l’usage pur du Lightning Network en tant que réseau de paiement, c’est forcément Strike qui attire le regard. La statut-up, qui opère aux Etats-Unis depuis 2019, va bientôt se lancer dans le monde entier. Son ambition : utiliser Lightning comme réseau de paiement unique et global, permettant à un habitant des Etats-Unis d’envoyer des dollars à un ami européen, qui récupèrera lui des euros. Entre les deux, et sans qu’aucun des deux ne s’en soit rendu compte, les dollars ont été convertis en bitcoins, puis envoyé via le Lightning Network, avant d’être de nouveau convertis, en euros cette fois. Le tout, sans frais pour l’utilisateur final. Pensez Lydia ou PayPal, mais en passant par le réseau Lightning, ce qui permet de tirer parti de son ouverture et de son interopérabilité.​​


​​Bien entendu, ce cas-ci n’est qu’un exemple permettant de faire sentir tout le potentiel de la solution. En pratique, tout est possible, envoyer des bitcoins qui seront reçus comme des euros, envoyer des euros qui seront reçus comme des bitcoins, ou du fiat contre du fiat, comme c’est le cas dans notre exemple. A terme, certaines personnes pourraient donc utiliser Bitcoin et le Lightning Network sans même s’en rendre compte !​​

​​Lightning à l’assaut du gaming

​​S’il est un domaine où le Lightning Network peut tirer son épingle du jeu, c’est bien celui des micro-paiements. En effet, de par sa conception, ce réseau autorise des paiements pour des montants absolument lilliputiens : jusqu’à un millième de satoshi, qui est l’unité native du Lightning Network. Même au cours actuel, cela donne la possibilité d’envoyer un montant aussi faible que 0.00003 centime d’euro.​​

Les domaines pouvant tirer parti ce cette possibilité ne manquent pas. Même si le micro-don, notamment sur des articles de blog, a été le premier usage a réellement se répandre un tant soit peu, un nouveau challenger a su profiter de 2020 : le jeu vidéo.​​


​​De nombreux projets se sont considérablement développé au cours de l’année passée, pour n’en citer que quelques-uns : 

LightNite, un Battle Royale où chaque kill rapporte quelques satoshis, THNDR GAMES, le studio derrière les jeux mobiles Bitcoin Bounce et Turbo 84, ou encore l’évenement MintGox, porté notamment par le processeur de paiement Zebedee, spécialisé dans les interactions entre le LN et le jeu. Et pour cause, la capacité d’envoyer aux joueurs quelques satoshis pour des frais minimes permet de mettre en place des mécaniques novatrices, dont il reste encore beaucoup à explorer.​​
​​Dans notre sphère francophone sur Twitter, on peut également penser au LNQuiz, d’abord porté par Jazaronaut puis repris par Cryptodidacte, et donc le principe était simple : chaque jour, un quiz sur Bitcoin permettait à un ou plusieurs gagnant(s) de remporter quelques centaines de satoshis.

​​Lightning Finance, la nouvelle DeFi ?

​​

Outre les transactions “classiques”, le Lightning Network a également le potentiel de changer bien des choses dans le domaine de la finance. Par exemple, la possibilité de réaliser des transactions instantanées permet de réduire les risques associés à l’ouverture d’ordre d’achat ou de vente. C’est sur ce créneau que se trouve LNMarkets, qui a connu une très belle évolution durant l’année 2020. ​​


​​L’idée est la suivante : lorsqu’un utilisateur souhaite placer un ordre, il doit payer un collatéral (le margin) pour ouvrir son ordre. Habituellement, ce collatéral est prélevé sur le solde de l’utilisateur, que ce-dernier a préalablement crédité. Cela permet de pouvoir rapidement ouvrir l’ordre, sans devoir attendre que les fonds arrivent sur la plateforme. L’inconvénient est que l’utilisateur est très fortement incité à laisser ses fonds sur cette-dernière.​​


​​LNMarkets, en tirant parti de l’instantanéité des transactions Lightning, permet d’acheter un ordre instantanément sans devoir anticiper l’envoi des fonds ou les conserver sur la plateforme : l’ordre est payé directement avec une transaction Lightning. Autrement dit, l’utilisateur n’a pas besoin d’immobiliser ses fonds sur la plateforme pour être certain de pouvoir acheter un ordre dès qu’il le désire. De même, à la fermeture de l’ordre, il peut récupérer ses profits instantanément et sans frais.​​


​​L’utilisation du Lightning Network permet donc ici de réduire considérablement les risques liés à l’utilisation d’une plateforme, tout en fluidifiant l’ensemble du processus. L’arrivée de tokens sur Lightning grâce à RGB devrait en outre permettre de donner une nouvelle impulsion à ce cas d’usage déjà très prometteur. Sans parler des plateformes d’échange “classiques”, qui sont de plus en plus nombreuses à permettre aux utilisateurs de retirer leurs bitcoins en passant par le Lightning Network. Kraken devrait ainsi rejoindre courant 2021 la liste des exchanges intégrant Lightning, aux côtés de plateformes moins connues internationalement comme Bitaroo ou SouthXchange. ​​

​​Obtenir du rendement sur ses bitcoins, sans renoncer à sa souveraineté

​​Là où Lightning fait également penser à la DeFi, c’est sur la possibilité de tirer un rendement de ses bitcoins en les allouant à bon escient. Si la DeFi promet des retours faramineux en prêtant ses tokens au travers de protocoles décentralisés, avec tous les risques associés (contrepartie, faille dans le contrat, etc.), Lightning permet de bénéficier de retours plus modestes, mais qui impliquent beaucoup moins de concessions en terme de propriété sur ses bitcoins.

En effet, lorsqu’un paiement sur le Lightning Network emprunte un de vos canaux de paiements, vous êtes récompensés pour avoir fourni la liquidité nécessaire grâce aux frais de transactions. Il y a ainsi de plus en plus de nœuds sur le réseau spécialisés dans le routage de paiements, dont l’objectif est d’allouer au mieux leurs liquidités en bitcoins (i.e. en ouvrant les bons canaux, aux bons endroits, et de la bonne taille) pour en dégager un rendement tangible.

De nouveaux outils ont été développés en 2020 pour faciliter l’administration de ces noeuds (notamment loop et Lightning Terminal), ainsi qu’un marché d’allocation de la liquidité (Pool) qui devrait à terme permettre l’apparition d’une courbe des taux sur laquelle les opérateurs pourront se baser.

​​De plus en plus facile d’utilisation

Un autre aspect sur lequel le Lightning Network s’est considérablement amélioré en 2020 est l’aisance à l’utilisation. D’une part, des application comme le remarquable Phoenix Wallet d’Acinq permettent à tout un chacun d’utiliser Lightning simplement et avec finalement assez peu de concessions en terme de souveraineté et de vie privée. Mais ce n’est pas tout : pour ceux qui se sentent prêts à sauter le pas, il est également plus simple que jamais d’avoir son propre nœud Bitcoin et Lightning et, plus important encore, de l’utiliser jour après jour. C’est le cas grâce à plusieurs solutions de nœuds facile à installer, avec une mention spéciale pour Umbrel, qui a irradié tout au long de 2020.


​​

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’avec l’accent mis depuis plusieurs mois sur le design et l’expérience utilisateur, la couche fonctionnelle du Lightning Network est de plus en plus simple d’utilisation sans renoncer en aucun cas à l’autonomie de l’individu. Le nombre de personnes qui se lancent dans l’aventure et se construisent un nœud est allé grandissant en 2020, et on voit mal comment ou pourquoi cette tendance ralentirait en 2021.

​​Qu’attendre en 2021 ?

​​2020 a été une année intense sur Lightning, et 2021 promet déjà de l’être davantage. Si la couche protocolaire continue de se développer à bon rythme (tant au travers de la spécification que des diverses implémentations – lndEclairc-lightning et la petite dernière, LNP/BP) c’est peut-être sur la couche applicative que les innovations seront les plus perceptibles, en particulier pour les utilisateurs finaux. On peut citer Strike, dont on a déjà parlé plus haut, mais également BottlePay, qui fera son retour en 2021 (en fait, il a déjà commencé) avec pour mission de simplifier et démocratiser les paiements via Lightning, notamment sur les réseaux sociaux.​​


​​Il n’a jamais été aussi simple d’utiliser Lightning, avec ou sans nœud. De nouveaux standards essaiment également, qui visent à radicalement améliorer l’expérience utilisateur. C’est le cas par exemple de LNURL, qui permet de recevoir un paiement Lightning simplement en scannant un code QR.​​


​2020 a été une année de consolidation et d’innovation sur le Lightning Network. Mais force est de constater que Lightning n’a pas encore complètement pris sa place. Ceux qui y croyaient déjà sont ressortis de 2020 encore plus convaincus, et la majorité qui ne l’observait que de loin y a trouvé un regain d’intérêt. Qu’attendre de 2021 ? Si je devais me risquer à une prédiction, je dirais ceci : 2021 sera dans la continuité de 2020 en termes d’amélioration du réseau, mais sera aussi marqué par une forte augmentation de l’adoption par les crypto-enthousiastes. 2021, l’année où Lightning sera devenu mainstream ?​​

A propos de l'auteur

Fanis Michalakis

Etudiant en école d'ingénieur, j'aime partager mes découvertes et ma passion pour Bitcoin et le Lightning Network, que ce soit en écrivant des articles ou en animant des formations.


Continuez votre lecture

Rejoignez la communauté des crypto-entousiastes

>